Spoliation IV : le projectile guidé
La fusée a pris de la vitesse. Plus personne ne peut l’arrêter. En un an, 18 500 millionnaires ont quitté l’Europe, emportant avec eux quelque 100 milliards d’euros de patrimoine investissable. L’an prochain, ils seront plus nombreux. L’histoire ne connaît qu’une issue à ce schéma.
Par Jacobus van Merksteijn · Malta · août 2026
Ce qui se passe
Ce n’est pas une conspiration. Ce n’est pas un plan malveillant. C’est l’issue naturelle de quarante années de choix démocratiques qui, à chaque génération et en chaque lieu, ont produit à peu près le même résultat. Celui qui possède une usine est imposé chaque année sur un patrimoine qui n’a pas encore été réalisé. Celui qui dirige une usine voit ses voisins récolter les fruits de cette activité par le biais des allocations, des subventions et des services publics. Celui qui travaille dans une usine vote pour le parti qui affirme que les riches doivent payer davantage. Chaque étape est logique, chaque choix est humain. Et, ensemble, ils forment un projectile qui va désormais trop vite pour encore changer de trajectoire.
La classe productive — entrepreneurs, inventeurs, entreprises familiales, détenteurs de brevets — n’a plus de représentation politique en Europe. Non que quelqu’un lui ait imposé le silence. Elle représente moins de cinq pour cent du corps électoral. Dans une démocratie qui sert par définition les majorités, c’est trop peu pour porter un programme. La gauche en a fait un ennemi. Le centre droit ne peut plus la défendre sans perdre des voix. La droite populiste préfère diriger la colère contre les migrants et Bruxelles — c’est plus efficace sur le plan rhétorique. Bruxelles produit des documents dont quinze pour cent sont mis en œuvre. Ce n’est pas un accident. C’est une gouvernance délibérée au sein d’un système où la destination est suffisamment lointaine pour ne pas avoir à payer soi-même la facture.
En 2025, 18 500 millionnaires ont quitté l’Europe en solde net. Seize mille cinq cents du Royaume-Uni, huit cents de France, cinq cents d’Espagne, quatre cents d’Allemagne, cent d’Irlande, cinquante de Suède. Ils ont emporté avec eux quelque cent milliards d’euros de patrimoine investissable. L’an prochain, ils seront plus nombreux. Ce n’est pas la crise qui vient. C’est la crise qui est déjà en cours.
À la première lecture de ces chiffres, on se dit : ce n’est tout de même pas possible. Et pourtant, c’est exact. Les sources figurent au bas de cet article — Henley, Bundesbank, Sénat français, DNB, CBS. Des chiffres évalués par les pairs et tirés de registres officiels. Ce que vous lisez ici ne consiste qu’à additionner ce qui a déjà été publié.
L’exode — chiffres de 2025 et du premier semestre 2026
Qui prétend que l’exode reste limité doit lire ce chapitre. Les chiffres ne proviennent pas d’une opinion, mais du Henley Private Wealth Migration Report 2025 et 2026, de la Bundesbank, du Sénat français, de l’Objective espagnole, de la DNB néerlandaise et des statistiques de faillites de l’industrie française.
Migration nette des millionnaires en 2025 — l’Europe en un an
Source : Henley & Partners Private Wealth Migration Report 2025 et 2026 · New World Wealth · Bundesbank · Sénat français · DNB.
Royaume-Uni — le plus grand exode jamais mesuré
🇬🇧 Royaume-Uni
C’est le plus grand exode jamais mesuré par Henley & Partners pour un seul pays. Londres, à elle seule, a perdu 11.300 millionnaires entre novembre 2024 et novembre 2025. Les fonds d’actions britanniques ont perdu entre 11 et 60 milliards de livres sterling — la dixième année consécutive de sorties. Wise a déménagé à New York, Ferguson Enterprises a supprimé sa cotation secondaire à Londres, Flutter Entertainment partira en août 2026 et AstraZeneca s’est directement introduite en Bourse aux États-Unis.
Déclencheur : suppression de l’ancien régime non-dom, vieux de 225 ans, le 6 avril 2025. Destination : Dubai (+9.800 en 2025 à elle seule), les États-Unis, l’Italie et — ironie douloureuse — l’Irlande (26% des propriétaires de PME qui partent citent l’Irlande comme premier choix).
France — négative pour la première fois
🇫🇷 France
Pour la première fois, le solde est négatif dans le relevé. Entre 2024 et 2026, la France est passée de l’extérieur du top 40 des pays d’origine au top 15. Le déclin industriel : Legrand, moins 74 emplois nets ; Ineos a mis à l’arrêt son usine de Tavaux, le site passant de 823 à 750 emplois ; Stellantis Poissy passe de 1.925 à environ 1.000 emplois d’ici 2030 (925 postes supprimés). Selon Trendeo, la création nette d’emplois en France est tombée de +9.500 en 2024 à +310 en 2025 — presque zéro.
Déclencheur : la Zucman-belasting (2 % au-delà de 100 M€) a été rejetée au Sénat français, et remplacée par une taxe de 20 % sur les biens de luxe et les holdings familiales passives à partir de 5 M€. Destinations : Suisse, Italie, Portugal, Grèce, EAU.
Allemagne — négative pour la première fois
🇩🇪 Allemagne
L’Allemagne est passée de la 24e à la 13e place du classement Henley & Partners. Les demandes ont augmenté de 16 % entre le T4 2025 et le T1 2026. Émigration nette de ressortissants allemands en 2025 : moins 97.000. Dans l’industrie automobile, un emploi sur sept a disparu en six ans. Volkswagen : à Dresden, les effectifs passent de 550 à 248 ; à l’échelle du groupe, 50.000 suppressions ont encore été annoncées (37.000 déjà réalisées), auxquelles s’ajoutent jusqu’à 45.000 emplois menacés en cas de fermeture des sites de Zwickau/Emden/Hannover/Neckarsulm entre 2031 et 2034. BASF a supprimé 7.000 emplois dans le monde ; Ludwigshafen passe pour la première fois depuis 1954 sous le seuil de 30.000 postes à temps plein. Le bénéficiaire : Zhanjiang, China, avec plus de 2.000 nouveaux emplois, en plus des 13.000 déjà présents en Grande-Chine. Bosch : 22.000 emplois supprimés dans la mobilité. MAN transfère sa production de camions à Kraków.
Déclencheur : durcissement du §6 AStG Wegzugsteuer au 1er janvier 2025, ainsi que des auditions au Bundestag sur un impôt sur la fortune de 1 % au-delà de 1 M€, allant jusqu’à 2 % au-delà de 50 M€. Destinations : Suisse (+3.000), EAU (+9.800), États-Unis.
Pays-Bas — encore positifs en net, négatifs dans l’industrie
🇳🇱 Pays-Bas
Avec 72,8, les Pays-Bas obtiennent le meilleur score des grandes économies de l’UE dans l’indice Henley 2026. Au niveau HNWI, les Pays-Bas profitent temporairement — de l’infarctus britannique. En dessous : 48.029 personnes nées aux Pays-Bas ont émigré en 2025, contre 25.290 personnes nées à l’étranger arrivées dans le pays. Aegon transfère son siège à New York (250 emplois à Schiphol). Boskalis déménage son siège à Abu Dhabi. AkzoNobel ferme ses sites de Wapenveld (143) et de Machelen (133) — soit 276 emplois — auxquels s’ajoutent 2.000 postes de bureau dans le monde ; la production est transférée vers l’Espagne, la Pologne et l’Estonie. ASML a publiquement mis en garde contre une délocalisation partielle. Nouveaux projets de la NFIA en 2025 : 4.376 emplois sur trois ans ; dans la région d’Amsterdam, 39 entreprises pour 969 emplois — contre 140 entreprises et 2.953 emplois en 2015. La courbe pointe vers le bas.
Déclencheur : la Wet werkelijk rendement à partir de 2028 — imposition du rendement réel, y compris les plus-values non réalisées, à 36 %. En 2026, régime transitoire avec un forfait de 7,78 % au-delà de 51.396 €. L’imposition des gains sur le papier est explicitement citée par les spécialistes de l’émigration comme un facteur moteur.
Italie — la grande gagnante
🇮🇹 Italie
Le plus important afflux net d’Europe et le troisième au monde. Milan est désormais la onzième ville la plus riche de la planète. Pays d’origine : avant tout le Royaume-Uni, ainsi que les autres pays d’Europe occidentale à forte fiscalité. Milan compte désormais 244 family offices (en hausse de 10,4 %). Salesforce a annoncé un investissement de 1 milliard de dollars dans l’IA, en plus de ses 600 emplois italiens existants.
Déclencheur : flat tax pour les nouveaux résidents fortunés — relevée de 200 000 € à 300 000 € par an dans le budget 2026 ; les bénéficiaires actuels sont épargnés.
Espagne — 500 départs, l’industrie s’éloigne
🇪🇸 Espagne
Les nouveaux capitaux étrangers entrants sont tombés à 18,9 Md € — leur plus faible niveau en quatre ans. Les départs d’entreprises ont doublé : rien qu’entre décembre 2025 et janvier 2026, sept entreprises ont transféré leur siège au Portugal, en Andorre, en Italie, au Panama et dans le Delaware.
Déclencheur : l’Impuesto Temporal de Solidaridad de las Grandes Fortunas (1,7–3,5 % au-delà de 3 millions d’euros) est désormais permanent, auquel s’ajoutent la suppression du golden visa (3 avril 2025) et un contrôle renforcé de la Beckham-wet. Ferrovial a transféré sa holding aux Pays-Bas.
Belgique — l’industrie ferme, la taxe sur les plus-values commence
🇧🇪 Belgique
Audi Brussels (Forest) a fermé le 28 février 2025, après 75 ans — plus de 3.000 emplois directs et indirects supprimés. Bénéficiaire : San José Chiapa in Puebla, Mexico, avec plus de 500 nouveaux emplois en plus des 5.351 existants. La production du Q8 e-tron a suivi. Celanese ferme Lanaken (160 emplois). Dow ferme Tertre. Volvo Gand — la dernière usine automobile belge, avec plus de 6.300 salariés — risque de perdre deux de ses trois modèles électriques au profit de Košice, Slovaquie, où l’usine passera à environ 3.300 emplois.
Déclencheur : nouvelle taxe de 10 % sur les actifs financiers à partir du 1er janvier 2026, avec un prélèvement à la sortie sur les plus-values latentes en cas d’émigration. Destination des patrimoines belges : Dubai.
Suède — l’industrie se vide
🇸🇪 Suède
Les investisseurs étrangers n’ont injecté que 60,6 mrd SEK en Suède au T3 2025 — les investisseurs suédois ont, à l’inverse, accru leurs investissements de portefeuille à l’étranger de 203,3 mrd SEK. GKN Driveline transfère Köping à Bruneck, en Italie (≈500 emplois supprimés). Husqvarna ferme Brastad d’ici au S1 2027 (~104 emplois). HydraSpecma a transféré Tranemo à Stargard, en Pologne. Abu Garcia a fermé Svängsta après 104 ans.
Déclencheur : pas d’exit-tax classique, mais la règle des dix ans maintient les plus-values sur les actions suédoises imposables pendant dix ans.
Irlande — toujours un aimant, mais la pharma marque une pause
🇮🇪 Irlande
Toujours un aimant, mais l’Irlande apparaît pour la première fois dans la liste des départs de Henley. Le risque a été déplacé, pas encore concrétisé : trente PDG de groupes pharmaceutiques ont averti la Commission européenne en avril 2025 que jusqu’à 100 milliards d’euros d’investissements européens prévus pourraient être transférés aux États-Unis. Le secteur pharmaceutique irlandais : environ 90 entreprises, 50.000 emplois — l’ensemble est vulnérable. Au Royaume-Uni, MSD a supprimé d’un coup 800 emplois dans un centre londonien prévu, ainsi que 125 postes de scientifiques ailleurs — voilà à quelle vitesse les choses peuvent basculer. En mai 2026, MSD, Pfizer, Eli Lilly et Johnson & Johnson ont reporté de nouveaux investissements irlandais. La maison mère d’Allergan a de nouveau établi son domicile fiscal aux États-Unis en 2025.
Portugal — l’autre gagnant en matière d’emplois
🇵🇹 Portugal
AICEP a traité en 2025 des contrats d’investissement d’un montant de €3,58 mrd — à la clé, plus de 6.600 emplois, dont 20 % hautement qualifiés. En janvier 2026, CALB, Everbio, Lift One, Savannah Lithium, Topsoe et United PetFood ont signé des contrats représentant 2.336 emplois. Aosheng Hi-Tech a créé environ 200 emplois à Valongo. Alstom Porto : 300 emplois. Stadler Digital Labs : de 100 à 300.
Déclencheur : le régime IFICI ("NHR 2.0") depuis décembre 2024, avec un taux forfaitaire de 20 % sur les salaires portugais et une exonération de dix ans sur la plupart des revenus étrangers.
En additionnant — l’Europe en une année
Addition des pertes européennes publiées pour 2025 : Royaume-Uni −16.500, France −800, Espagne −500, Allemagne −400, Norvège −150, Irlande −100, Suède −50. Total : −18.500 millionnaires nets en une seule année. Dans le monde, 142.000 millionnaires ont changé de pays de résidence en 2025 — un record. Pour 2026, Henley en prévoit 165.000 à l’échelle mondiale. Pour les pays européens, Henley ne publie plus de chiffres en 2026, mais livre une boussole qualitative. La direction est la même. Les chiffres sont tout simplement devenus trop gênants pour être encore couchés sur le papier.
Et ces 18.500 millionnaires s’accompagnent d’usines. En Allemagne seulement : moins 341.500 emplois industriels depuis 2019, dont moins 124.100 en 2025. En France : de +9.500 créations nettes d’emplois en 2024 à +310 en 2025 — presque rien. Chez Volkswagen seulement : 37.000 emplois supprimés, 50.000 annoncés, 45.000 menacés. Chez BASF : 7.000 dans le monde. Audi Brussels : 3.000. Volvo Gent : deux tiers menacés, 3.300 nouveaux emplois à Košice. Stellantis Poissy : 925. GKN Köping : 500. Aegon Schiphol : 250. Legrand : 74 nets. Husqvarna Brastad : 104. HydraSpecma : 50. Abu Garcia : 48. Additionnez ces noms sans les nommer, et vous obtenez des statistiques. Additionnez-les avec leur nom et leur commune, et vous obtenez un exode qui tient sur une seule feuille A4.
Les bénéficiaires mondiaux en 2025
Source : Henley & Partners Private Wealth Migration Report 2025. En Europe, l’argent tourne en circuit fermé — du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne, de l’Espagne, de la Belgique et de la Scandinavie vers l’Italie, la Suisse, le Portugal et la Grèce. Hors d’Europe, les EAU et les États-Unis repartent avec la mise.
Pourquoi cela fonctionne ainsi
Trois schémas, partout les mêmes.
La gauche tranche avec une certitude morale. Récit cohérent, électorat fidèle, hégémonie culturelle. Qui s’oppose à l’idée que « les plus fortunés doivent davantage contribuer » porte la charge de la preuve.
Le centre droit s’aligne. Il est incapable d’expliquer en quoi taxer le patrimoine diffère de taxer le revenu. La différence technique — on taxe le bénéfice lorsqu’il est réalisé, pas un patrimoine qui n’existe pas encore — est impossible à vendre à un électorat qui pense en petites phrases. Ils votent donc pour ce qu’ils combattent dans leurs discours.
La droite populiste désigne, elle ne construit pas. L’immigration, Bruxelles, « l’élite » — jamais le pillage lui-même. Même une percée de la droite n’arrêterait pas le pillage ; elle ne ferait que changer de bouc émissaire.
Et Bruxelles tourne à vide. Sur les €800 milliards par an que Draghi a prescrits en 2024, 15 pour cent ont été réalisés en deux ans. L’European Banking Federation a indiqué le 10 juin 2026 que la « competitiveness bill » atteignait désormais €1,4 billion — presque le double, tandis que les réunions se poursuivent.
La Commission ne peut rien parce qu’elle ne le peut tout simplement pas. Cinq raisons structurelles :
- Aucun pouvoir fiscal. La souveraineté fiscale appartient aux États membres. Elle peut recommander, pas imposer.
- Un calendrier inadapté. Budgets sur sept ans, plans pour 2030, feuilles de route pour 2035. Les 16.500 millionnaires britanniques partis l’an dernier ne reviendront pas parce qu’un nouveau cycle de MFK débutera en 2034.
- Prise entre les États membres. Les grands pays veulent davantage de coordination, les petits veulent préserver leur marge de manœuvre fiscale. La Commission ne peut satisfaire les deux et ne fait donc rien qui change la donne.
- Elle ne comprend pas la production. Juristes, économistes, politologues. Aucun ingénieur, aucun directeur d’usine, aucun détenteur de brevet. Les documents ne produisent pas la prospérité.
- Elle se sert elle-même. Les États membres forts n’ont pas besoin de Bruxelles. Les faibles, si. Une Europe forte constitue pour la Commission un problème existentiel.
Le 3 juin 2026, la Commission a présenté son European Semester Spring Package. Mînzatu et Dombrovskis ont parlé d’un « changement important ». Les recommandations sont formulées de telle sorte qu’un dirigeant syndical y lise de la solidarité et un entrepreneur de la dérégulation. Ils ont tous deux raison. Il n’y a rien.
Les pilotes du projectile
Ce ne sont pas des coupables. C’est pire. Ce sont les dirigeants qui foncent délibérément vers l’abîme — non parce qu’ils souhaitent l’abîme, mais parce que l’abîme ne les intéresse pas. Ce qui les intéresse, c’est de gagner des voix et de ne pas en perdre. Le reste est nebenbei. Accessoire. Bien après la fin de leur propre mandat. Une affaire pour leur successeur.
C’est là le fond du problème. Un politicien qui réclame que « les riches paient donc » est moins dangereux s’il ne comprend tout simplement pas. Il est plus dangereux s’il comprend très bien et le fait malgré tout, parce que cela lui rapporte des voix et que l’alternative lui en coûte. C’est un pilote qui sait que sa trajectoire mène droit à une montagne et qui s’y tient parce que ses passagers l’ont choisi pour cela. La montagne viendra plus tard. Les prochaines élections arrivent plus tôt.
Les déclarations ci-dessous sont publiques, documentées, datées. Chacun de ces personnages guide la fusée d’une main ferme. Chacun connaît la destination. Pour chacun d’eux, la destination est nebenbei — un problème pour les années à venir, les prochains gouvernements, les générations futures. Ce sont les mandats avec lesquels les électeurs les ont envoyés dans le cockpit.
Pays-Bas
GroenLinks–PvdA
Jesse Klaver, le 4 juin 2026 à la Chambre : « un impôt équitable sur les bénéfices élevés et les grands patrimoines ». Électorat : fonctionnaires, enseignants, personnels de santé — des gens sans patrimoine qui veulent taxer celui des autres. Moralement confortable, sans coût à appliquer.
FNV
Tuur Elzinga, ultimatum au gouvernement, le 4 juin 2026 : des prestations maintenues à leur niveau, financées par « les plus fortunés ». Ce syndicat n’est plus un syndicat pour les travailleurs. Il défend le contrat social avec l’argent des autres.
D66, VVD, CDA, NSC
Tous quatre ont voté le 12 février 2026 en faveur de la nouvelle box 3-wet. Les libéraux taxent désormais un patrimoine qui n’a pas encore été réalisé — une première fiscale que la VVD jugeait autrefois inconcevable. Ils ont soutenu l’État-providence pendant des décennies et n’ont désormais plus la légitimité morale pour s’opposer à la facture.
PVV, BBB
Ils désignent les migrants, les agriculteurs, Bruxelles. Ils ne construisent rien. Ils captent la colère et la dirigent contre le mauvais ennemi.
VNO-NCW
Critique à l’égard de box 3, elle plaide pour un impôt sur les plus-values plutôt que sur l’accroissement du patrimoine. Techniquement juste. Moralement absente. Elle n’ose pas poser la question de savoir si l’État a seulement le droit de taxer chaque année le patrimoine.
Allemagne
SPD
Spitzensteuersatz de 42 à 49 pour cent. Impôt sur le patrimoine au-delà de €20 mln. Fratzscher (DIW) calcule €42 mrd de recettes, « qui permettront de réduire la fiscalité du travail ». Cette compensation disparaît toujours dans le budget général lors de la mise en œuvre. Tout fiscaliste le sait.
CDU/CSU
Officiellement opposée. Déjà « prête au compromis » fin mai 2026 — Reichensteuersatz de 45 à 47,5 pour cent. C’est ainsi que les principes se volatilisent dans la politique de coalition.
Bündnis 90/Die Grünen
Karl Haeusgen, ancien président de la VDMA, plaide depuis le réseau des entrepreneurs écologistes lui-même pour une hausse de l’impôt sur le revenu et des droits de succession. Autodestruction par culpabilité.
AfD
Canalise la colère, la dirige contre l’immigration et le climat. Pas contre le pillage.
DGB
Stefan Körzell, 3 juin 2026 : taxer chaque euro de patrimoine au-delà de 1 M€, plus 10 % de Vermögensabgabe au-delà de 10 M€, étalés sur 20 ans. Rendement : 350 Md€. Le mot qu’il choisit : « profiteurs ». C’est ainsi que le syndicat allemand désigne les entrepreneurs qui dirigent les usines où travaillent ses adhérents et paient les cotisations dont ceux-ci pensent vivre.
Die Familienunternehmer
Alertent sur la substanzvernichtende Wirkung pour le patrimoine des entreprises. Techniquement exact — un impôt sur le patrimoine appliqué à des moyens de production illiquides impose leur fragmentation. Personne ne les entend. Dans les médias allemands, ce sont « les riches » ; leurs salariés sont les victimes de ces mêmes entrepreneurs. La même entreprise, divisée selon deux axes.
France
La France Insoumise
Mélenchon : rétablir l’ISF, impôt sur les superprofits, forte hausse des droits de succession, SMIC à 1 700 €, retraite à 60 ans. La variante la plus pure du pillage en Europe, vendue comme de la justice.
Parti Socialiste
Norme Zucman : 2 % d’impôt sur le patrimoine au-delà de 100 M€. Faure la présente comme une « alternative socialement acceptable » à 44 Md€ d’économies. La troisième voie — promettre moins — n’est pas évoquée.
Rassemblement National
Marine Le Pen défend le compte formation du Français ordinaire. Elle laisse à bon compte l’attaque contre les holdings et le Pacte Dutreil. Tactiquement : défendre les riches est invendable sur le plan électoral.
Renaissance en Les Républicains
Sébastien Lecornu, fin mai 2026, fait examiner préventivement trois mesures fiscales par le Conseil constitutionnel. Pas hostile par principe. Préoccupé par leur solidité juridique. Plier, sous une forme policée.
Medef
Parle de « climat de l’investissement » et de « compétitivité ». Personne n’écoute. Dans le débat français, l’entrepreneur est suspect.
Bruxelles
Ursula von der Leyen, Roxana Mînzatu, Valdis Dombrovskis
Présentent le 3 juin 2026 un paquet que chacun lit différemment parce qu’il ne contient rien. Elles savent qu’il ne contient rien. Elles exécutent des mandats confiés par leurs groupes parce qu’un véritable paquet serait ingérable sur le plan électoral. Elles ne sont pas des pilleuses. Elles sont les conservatrices d’un système qui facilite le pillage, et elles savent que le productif ne peut plus être protégé dans le cadre de leur mandat. Elles choisissent de continuer à se réunir.
Le point d’aboutissement historique
L’histoire ne connaît qu’un seul précédent qui ressemble à cet exode : la France d’avant 1789. Là aussi, les riches se retirèrent — certains littéralement hors de France (en exil néerlandais, anglais et allemand), d’autres derrière les murs de leurs domaines. Là aussi, la pression fiscale exercée sur la classe possédante progressa au même rythme que son retrait. Là aussi, les pauvres restèrent avec la facture et sans l’usine où ils travaillaient. Et lorsque le processus fut suffisamment avancé, la guillotine arriva — non parce que quelqu’un aurait voulu s’en servir, mais parce que le schéma produit sa propre fin. Celui qui se retire pendant le pillage n’est pas retrouvé sur l’échafaud. Seul celui qui part trop tard.
1789 — le schéma qui produit sa propre fin
La guillotine sur la Place de la Révolution. Les riches partis trop tard se retrouvèrent sur l’échafaud ; ceux qui étaient partis plus tôt purent sauver leur patrimoine. Autour de l’échafaud se rassemblèrent les pauvres — toujours pauvres, toujours affamés, décimés par le pillage qu’ils avaient eux-mêmes exigé. Le schéma de 2026 reproduit les mêmes étapes dans le même ordre — seulement accélérées par des flux de capitaux numériques qui n’existaient pas encore en 1789.
L’Européen qui travaille est assis sur une chaise qu’il retire lui-même de sous ses pieds — non par stupidité, mais selon la logique de son propre intérêt telle que son parti la définit. Chaque voix pour « que les riches paient donc » est une voix qui rapproche l’usine où il travaille de Košice, Bruneck, Delaware ou Dubai. Chaque fois qu’un syndicat traite un entrepreneur de profiteur, une cotisation de retraite disparaît plus vite que le syndicat ne peut négocier. Le syndicat ne le sait pas. Il fait son travail.
Ils attendent le train pour Singapore, Dubai, Texas, Lugano, Tessin. Dix-huit mille d’entre eux sont déjà partis l’an dernier. L’an prochain, ils seront plus nombreux. En 1789, le même mouvement avait duré trois décennies. En 2026, il en dure trois, car le capital voyage désormais plus vite qu’une diligence sur la route de Koblenz.
Épilogue
Il n’y a pas d’accusation dans cet article. Il y a un constat. Les pilotes de ce projectile ne sont ni des criminels ni des imbéciles. Ce sont des gens intelligents, hautement qualifiés, qui connaissent les chiffres de cet article — beaucoup les connaissent mieux que ceux qui les lisent. Et ils maintiennent le cap.
Ce n’est pas répréhensible. Ce n’est même pas incompréhensible. Dans une démocratie qui, par définition, sert les majorités, et où la classe productive représente moins de cinq pour cent, c’est le choix rationnel de tout dirigeant désireux d’être réélu. Le problème n’est pas qu’ils ignorent ce qu’ils font. Le problème, c’est qu’ils le savent et poursuivent malgré tout leur trajectoire — parce que les passagers les ont choisis pour cela, et parce que la destination ne sera atteinte qu’après la fin de leur mandat.
C’est nous qui avons construit tout cela. Nous votons. Nous soutenons. Nous détournons le regard. Pour les productifs, l’issue se trouve hors d’Europe. Pour nous, qui avons choisi tout cela, il n’y a plus d’issue. La fusée poursuit son vol et, à un moment donné, elle atterrit. Où et quand, l’Histoire nous l’apprend. Le comment, lui, dépend de nous, durant les dernières années où il dépend encore de nous.
Sources sur la fuite des capitaux 2025–2026
- Henley & Partners — Private Wealth Migration Report 2025 et 2026
- Bundesbank — Rapport mensuel de mars 2026
- CBS tableau 85484NED — Émigration néerlandaise 2025
- DNB — Statistiques des investissements directs 2024–2025
- Rijksoverheid — Baromètre de l’environnement des entreprises 2025
- Sénat français — question SEQ251207170 (2025)
- Bloomberg — Fermetures d’usines françaises : droits de douane asiatiques de 30 % (mars 2026)
- LSEG Lipper — Revue des flux des fonds britanniques 2025
- Reuters — Suivi de l’exode du marché britannique (juin 2026)
- Reuters — Transfert d’Aegon aux États-Unis (décembre 2025)
- The Objective — Vague de transferts d’entreprises (janvier 2026)
- Statistics Sweden — Balance des paiements, T3 2025
- CSO Ireland — Comptes extérieurs, T4 2025
- Banco de Portugal — Statistiques des investissements directs étrangers 2025

Jacobus van Merksteijn
Malte
Rédacteur en chef de Het Open Vizier. Entrepreneur et développeur d’innovations industrielles et de gouvernance (Carbon-Alert Ltd, TerraClean Ltd, GuardSkin Ltd). Il écrit sur les enjeux économiques, écologiques et politiques des systèmes, à partir de son expérience de la machine décisionnelle bruxelloise et de La Haye.