L’amende plastique qui aurait dû être un crédit carbone
Pourquoi les Pays-Bas versent € 235 millions à Bruxelles pour quelque chose qui devrait leur rapporter € 99 millions — et ce que ce flux financier doit désormais financer.
Par Jacobus van Merksteijn · Malte, juillet 2026
En 2024, les Pays-Bas ont versé € 235 millions à l’Union européenne au titre de la ressource propre plastique — une contribution de € 0,80 par kilogramme de déchets d’emballages plastiques non recyclés, instaurée en 2021 comme quatrième ressource propre du budget de l’UE. Le volume sous-jacent : environ 294.000 tonnes d’emballages plastiques qui n’entrent pas dans le circuit du recyclage. Pour ce volume, les Pays-Bas se voient infliger une sanction fiscale.
Le monde à l’envers de la contribution plastique de l’UE
La sanction repose sur l’hypothèse que le plastique non recyclé constitue par définition un problème environnemental. Cette hypothèse est valable tant que le plastique est incinéré, ce qui est effectivement le cas aux Pays-Bas à l’heure actuelle : environ 500 kilotonnes de plastique y sont brûlées chaque année dans des usines d’incinération des déchets. L’incinération convertit directement 78 pour cent du carbone contenu dans le plastique en CO₂ atmosphérique : 2,64 kg de CO₂ par kg de plastique, selon les calculs ACV standardisés de CE Delft (2021).
Pour les Pays-Bas, cela représente environ 1,32 mégatonne de CO₂ fossile par an provenant exclusivement de la fraction plastique incinérée — un chiffre qui s’inscrit dans les émissions plus larges des AVI, soit 7,2 Mton de CO₂, dont 2,7 Mton fossiles, comme le confirme la Beleidsvisie afvalverbranding 2030 du gouvernement néerlandais.
Mais c’est ici que surgit le problème : la contribution ne sanctionne pas l’incinération. Elle sanctionne le « non-recyclage ». Et l’UE s’empêtre ainsi dans une erreur de raisonnement fondamentale, car il existe une troisième option que la contribution ne reconnaît pas — une option qui, du point de vue climatique, est supérieure au recyclage comme à l’incinération.
La doctrine des AVI que l’UE contredit elle-même
Comme exposé précédemment dans De Brusselse Carte des conséquences — version BiCRS, l’Europe incinère chaque année environ 25 millions de tonnes de déchets plastiques dans des usines d’incinération des déchets. Cela produit 2,86 kg de CO₂ par kilogramme de plastique — soit au total 71,5 mégatonnes de CO₂ par an, ce qui correspond à environ 2,4 pour cent des émissions totales de l’UE.
À titre de comparaison : la même quantité d’énergie thermique, produite à partir de gaz naturel dans une installation moderne de cogénération, générerait environ un tiers de ces émissions de CO₂. Pour une même quantité d’énergie fournie, l’incinération du plastique est environ 3,7 fois plus dommageable pour le climat que la combustion du gaz naturel. Il ne s’agit pas d’une question de contenu énergétique — le plastique possède justement un pouvoir calorifique élevé. Il s’agit d’une question de densité de carbone : le plastique fossile contient davantage de carbone par joule que le gaz.
La conséquence : au cours des dernières décennies, les Pays-Bas ont construit une infrastructure d’AVI essentielle au chauffage urbain et à la production d’électricité, mais qui produit structurellement plus de CO₂ que les installations à gaz qu’elle remplace. Et depuis 2021, nous payons deux fois pour ces émissions : une fois par le biais de la taxe nationale sur le CO₂ et de l’EU ETS applicable aux AVI (obligatoire depuis 2024), et une fois par le biais de la contribution plastique versée à Bruxelles.
Ce que le plastique est réellement : un stockage de carbone au-dessus du sol
Sur une échelle de cinq cents à cinq mille ans, le plastique, en l’absence d’exposition aux UV, ne se dégrade pas. Des films de polyéthylène datant des années ’50, retrouvés dans des sols, sont encore structurellement intacts. Les chaînes polymères ne se décomposent que sous l’action de photons (UV), de radicaux oxygénés ou de processus enzymatiques qui, à température ambiante et sans catalyse, nécessitent des centaines de générations.
Cela fait du plastique placé dans un environnement exempt d’UV et chimiquement inerte — par exemple à deux cents mètres de profondeur dans une ancienne mine de lignite fermée — l’une des formes de stockage du carbone les plus stables connues de l’humanité. Plus stable que le biochar (qui se dégrade lentement), comparable au charbon et au gaz (qui restent stables pendant des centaines de millions d’années dans les formations géologiques), avec un avantage crucial : aucune incitation économique à l’extraire à nouveau. Qui voudrait récupérer ce que nous avons délibérément mis à l’abri ?
L’UE a elle-même reconnu ce principe dans le Carbon Removals Certification Framework (CRCF), qui certifie depuis 2024 l’élimination permanente du carbone (>1.000 ans) comme crédit carbone négociable. Le bio-CCS, le stockage issu du DAC et le biochar figurent explicitement dans le framework. Le plastique structurellement stable stocké dans des formations géologiques, lui, n’y figure pas.
Ce n’est pas une question de physique. C’est une question politique.
Le calcul pour les Pays-Bas
Si l’UE appliquait de manière cohérente sa propre logique du CRCF à la fraction plastique qui disparaît aujourd’hui dans les AVI néerlandaises, le tableau de calcul se présenterait ainsi :
| Post | Huidige situatie | Alternatief (opslag) |
|---|---|---|
| Plastic-afdracht aan Brussel | −€ 235 mln | € 0 |
| ETS-heffing over 1,32 Mton fossiele CO₂ uit AVI | −€ 99 mln | € 0 |
| Carbon credits bij opslag (1,32 Mton × € 75/ton) | € 0 | +€ 99 mln |
| Netto positie Nederland | −€ 334 mln | +€ 99 mln |
Inversion fiscale : € 433 millions par an. De contributeur net, les Pays-Bas deviendraient producteur net de performances climatiques — pour le même flux de plastique, avec pour seule différence sa destination finale.
Aux prix ETS attendus pour 2030 (€ 100-130 par tonne de CO₂ selon l’European Commission Impact Assessment 2024), l’inversion atteindrait € 500-600 millions par an.
À l’échelle de l’UE-27, avec les 25 mégatonnes de plastique qui disparaissent chaque année dans les AVI : € 5,4 milliards par an de valeur potentielle en crédits carbone, contre le produit actuel de la contribution plastique, d’environ € 6,4 milliards. Pour les deux tiers de cette somme, l’UE pourrait éliminer l’intégralité de son incitation plastique contre-productive.
Ce que cet argent doit financer : des polymères biosourcés qui ne se dégradent pas
Le flux financier inversé doit servir un seul objectif : le développement et le déploiement à grande échelle sur le marché de polymères biosourcés permanents.
Il s’agit d’une orientation fondamentalement différente de la politique habituelle, qui mise sur les bioplastiques compostables (PLA, PHA, dérivés de l’amidon) — des polymères qui, eux, se dégradent et ramènent ainsi leur carbone stocké dans l’atmosphère en l’espace de quelques années à quelques décennies. Pour le stockage du carbone, la compostabilité est un défaut, pas une caractéristique.
Trois catégories sont concernées :
1. Bio-PE, bio-PP, bio-PET — chimiquement identiques à leurs équivalents fossiles, mais dont le carbone provient du CO₂ atmosphérique via la biomasse (canne à sucre, maïs, graminées C4). Braskem produit déjà du bio-PE à l’échelle commerciale au Brésil. Le prix s’établit actuellement à € 2.500-3.500 par tonne, contre € 1.200 pour le PE fossile.
2. PEF (polyéthylène furanoate) — le successeur 100 pour cent biosourcé du PET, mis au point en pilote par Avantium à Delfzijl, doté de propriétés barrières supérieures. Le surcoût atteint actuellement un facteur de 2-3 par rapport au PET fossile.
3. Nouvelles classes : bio-nylons, PU biosourcé, et la troisième génération, où la voie du sucre vers le monomère ne passe plus par la fermentation, mais par une conversion catalytique directe.
Les € 334 millions ainsi libérés par an permettraient de combler le surcoût (€ 1.500/tonne) pour environ 223.000 tonnes de remplacement biosourcé — soit largement plus des trois quarts du volume actuel des emballages néerlandais non recyclés. Grâce aux économies d’échelle européennes, la parité des prix avec les polymères fossiles serait atteignable dans les dix ans.
Et c’est crucial : chaque tonne de polymère biosourcé stockée de manière permanente retire durablement 2,86 tonnes de CO₂ atmosphérique. Toute la chaîne Carbon-Alert que Het Open Vizier décrivait précédemment — biomasse équatoriale transformée par des graminées en C4 en éthanol et en polymères — se referme dans ce modèle : le carbone est extrait de l’air, traverse un cycle d’utilisation productif, puis finit en stockage géologique dans d’anciennes mines de lignite.
L’infrastructure de stockage que l’Europe doit de toute façon démanteler
Les mines de lignite allemandes de Hambach, Garzweiler et Inden — représentant ensemble plus de 23 milliards de mètres cubes de volume vide après leur fermeture prévue vers 2038 — constituent le site de stockage le plus évident. Elles se trouvent dans un pays qui prévoit de toute façon des dizaines de milliards pour la restauration post-minière, elles sont suffisamment profondes (>100m) pour garantir l’absence d’exposition aux UV, et elles disposent déjà d’infrastructures de transport et de sécurisation.
Pour donner une idée de l’échelle : la totalité des rejets annuels de plastique des Pays-Bas, soit environ 300.000 mètres cubes, tiendrait dans un dix-millième de la seule mine de Hambach. Pour les rejets de l’ensemble de l’UE, soit 25 millions de tonnes par an, cela représenterait un trentième. Une seule mine de lignite peut absorber plus d’un siècle de production européenne de plastique.
Les alternatives — mines de sel polonaises, gisements gaziers néerlandais épuisés, mines de charbon britanniques — sont comparables en taille et déjà envisagées pour le stockage du CO₂ dans le cadre de la directive CCUS 2024. Pour le stockage du plastique, les exigences sont précisément plus simples : pas de réservoirs sous pression, pas de surveillance des fuites de gaz, pas de risque d’acidification des eaux souterraines. Le plastique solide et inerte y reste.
Trois propositions politiques
Un — Extension du CRCF au stockage du plastique
Les Pays-Bas doivent plaider à Bruxelles pour la reconnaissance explicite du plastique structurellement stable (fossile et biosourcé) en stockage géologique comme forme certifiée de retrait de carbone au titre du CRCF. Les critères techniques existent ; il s’agit d’une décision politique.
Deux — Différenciation de la taxe sur le plastique
La taxe actuelle de € 0,80/kg pénalise de la même manière tous les plastiques non recyclés. Restructuration : le plastique incinéré conserve la taxe (ou une taxe plus élevée) ; le plastique mis en stockage permanent certifié bénéficie d’une exonération fiscale ainsi que de crédits carbone. Cette mesure est neutre pour le budget de Bruxelles, mais inverse l’incitation.
Trois — Fonds national pour les polymères biosourcés
Les moyens ainsi libérés (€ 235 mln de contribution + € 99 mln d’ETS évités = € 334 mln/an au minimum) sont affectés à trois objectifs : compenser le prix des polymères biosourcés permanents destinés aux emballages, financer la R&D sur la conversion catalytique directe (de la biomasse au monomère sans fermentation), et construire des installations certifiées de stockage géologique du plastique.
La logique profonde
Le régime actuel de taxation du plastique est un exemple classique de politique qui s’attaque aux symptômes plutôt qu’aux systèmes. Le plastique n’est pas intrinsèquement mauvais ; c’est l’incinération du plastique qui est mauvaise. La mise en décharge du plastique dans des décharges à ciel ouvert est mauvaise. Mais le plastique lui-même — en tant que structure moléculaire — est précisément ce que l’on veut obtenir lorsqu’on souhaite extraire du carbone de l’atmosphère et en faire quelque chose d’utile avant de le mettre à l’écart.
Le cadre de l’UE ne fait pas cette distinction. Il traite de la même manière le « plastique dans la cheminée d’un AVI » et le « plastique en stockage géologique ». Ce n’est pas de la négligence, c’est un choix politique datant d’une époque où le lobby du recyclage dominait davantage que celui du climat. Maintenant que l’urgence du retrait direct du carbone est officiellement un objectif de l’UE (moins 55 pour cent net en 2030, neutralité climatique en 2050), ce choix n’est plus défendable.
Les Pays-Bas disposent de l’infrastructure (le port de Rotterdam pour la logistique), de l’industrie (Chemelot, Delfzijl, Sittard-Geleen), des connaissances (Avantium, DSM, TNO) et de la nécessité — des objectifs climatiques pour 2030 irréalisables sans retrait direct du CO₂ — pour prendre les devants dans cette direction. Le basculement fiscal de € 334 millions par an n’est ni négligeable ni énorme : il est juste suffisant pour financer une transformation industrielle sans pression fiscale supplémentaire.
Il ne manque qu’une chose : reconnaître qu’aujourd’hui, nous payons € 235 millions pour quelque chose qui devrait nous être rémunéré. Et avoir le courage de le dire à Bruxelles.

Jacobus van Merksteijn
Malte
Éditeur de Het Open Vizier. Penseur systémique du climat, de l’énergie et de la démocratie.
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