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Klassiek olieverf-portret in warme aardetinten: een jonge vrouw in de late twintig zit op de rand van een onopgemaakt bed, kantoorkleding half uit. Ochtendlicht valt door een raam met linnen gordijnen. Op het nachtkastje een dichtgeklapte laptop, een telefoon, een glas water en een strip pillen. Aan de muur een kalender met kruisen.
Nina — en een generatie zoals zij — belandt met angst, vermoeidheid en depressie in de WIA. Het lichaam neemt het over als het lichaam te lang geen adres kreeg.

Palma, 5 août 2026 · Opinion · Editie 3 — Onder het ijs

"Où il y a une volonté, il y a un chemin"

Pourquoi toute une génération de jeunes reste chez elle pour cause de maladie, et ce que l’éducation y est pour quelque chose.

Jacobus van Merksteijn

Het Financieele Dagblad a publié cette semaine un reportage sur de jeunes actifs qui se retrouvent en invalidité dans la WIA, victimes d’anxiété, d’épuisement et de dépression. Les chiffres sont implacables : l’afflux de moins de trente ans dans le régime d’invalidité progresse, les troubles psychiques en sont de loin le principal facteur, et seule une personne sur sept revient, partiellement ou totalement, sur le marché du travail dans les cinq ans. Le coût social des troubles psychiques atteint jusqu’à 51 milliards d’euros par an. Pour 2026, le dérapage de la WIA s’élève à 285 millions d’euros, et dépassera le milliard dans cinq ans.

L’article décrit des symptômes. Il les décrit bien, mais reste enfermé dans le cadre qui les produit. La prévention, de meilleures ressources humaines, moins de stigmatisation, davantage de souplesse de la part du manager. Tout cela est vrai. Tout cela se situe du mauvais côté du problème.

Ce texte s’intéresse à l’autre côté. À l’endroit où le problème se fabrique : l’éducation, et ce qui la fonde.

Les trois couches du cerveau, en bref

Klassiek olieverf-schilderij met drie hersenlagen: onder het oergevoel als organische wortels, daarboven een emotionele middenlaag als vloeiende stromen, bovenaan een geometrisch-mechanische rationele laag.
Le cerveau triple : en bas, le sentiment primal, au-dessus l’émotion, et tout en haut la raison. Ces trois dimensions doivent dialoguer — sinon le corps prend le dessus.

L’être humain possède trois couches, empilées les unes sur les autres, qui dialoguent entre elles. La couche inférieure est le sentiment primal : la faim, la peur, la sécurité, le besoin d’appartenir, le sentiment que « quelque chose ne va pas ». La couche intermédiaire est l’émotion : la tristesse, la colère, la honte, la fierté, le reflet social. La couche supérieure est la raison : les projets, les objectifs, le raisonnement, le langage.

Ces trois couches doivent dialoguer. La couche inférieure émet le signal, la couche intermédiaire lui donne sa couleur, la couche supérieure en fait une décision. Si l’une d’elles est ignorée, le corps prend le relais. Des acouphènes. Des palpitations. La panique. Deux ans à la maison, sur le canapé.

Nina, le personnage principal de l’article du FD, décrit exactement cela :

« Physiquement, j’étais complètement épuisée ; j’avais des acouphènes, des palpitations, j’étais totalement paniquée et extrêmement émotive. »

Ce n’est pas une maladie. C’est une couche inférieure qui prend enfin la parole, après avoir été ignorée pendant deux ans.

Ce que nous faisons subir aux enfants

Klassiek olieverf-schilderij: een schoolklas met leerlingen achter houten schoolbanken onder een grote mechanische stoompers; damp stijgt op, een leraar in donker pak staat toe te kijken.
L’essorage systématique — de l’accueil à l’école et au monde du travail, tout est ramené à un seul indicateur : la performance.

Un enfant vient au monde avec une couche inférieure opérationnelle, et rien de plus. La faim, le froid, la peur, le réconfort. « Maman, j’ai faim » est la première phrase dans laquelle les trois couches fonctionnent ensemble : le corps ressent, le sentiment met des mots, l’esprit demande. Si une réponse adéquate arrive — à manger, de la chaleur, un bras autour de soi — l’enfant apprend que sa couche inférieure a le droit de parler et que cette parole est efficace.

En deux générations, nous avons détruit ce processus d’apprentissage. Non pas parce que nous n’aimons pas nos enfants, mais parce que nous ne sommes plus capables de le voir. Nous ne le voyons pas, parce que le voir signifierait devoir organiser autrement notre propre vie. Et nous n’en sommes pas capables : il faut payer le prêt immobilier, garder son emploi, remplir son agenda.

Concrètement, ce que nous faisons

L’éducation à l’ère de l’IA

Klassiek olieverf-portret van een jonge ambachtsman aan zijn werktafel, licht van bovenaf, gereedschap en materiaal op tafel; op de achtergrond een donkere digitale wand met patronen.
Ce qui reste, c’est ce que l’IA n’a pas : un corps qui sait quand quelque chose ne va pas.

Notre système éducatif était déjà une machine de la couche supérieure avant l’arrivée de l’IA. Notes, examens, objectifs, résultats. Maintenant que l’IA rend la couche supérieure bon marché — chaque élève peut faire produire une dissertation, un calcul, une analyse — la monoculture de la couche supérieure dans l’éducation apparaît soudain vide. Il ne reste rien qui distingue un être humain d’un modèle de langage.

Ce qui reste, c’est une couche inférieure opérante, et une couche intermédiaire qui dialogue avec elle. Un être humain capable de sentir que quelque chose ne va pas avant de pouvoir le démontrer. Un être humain qui sait quand il est fatigué, quand il a peur, quand il n’est pas à sa place. Un être humain capable de dire « non » parce que son corps le lui dit, et non parce que son esprit a construit un argument.

C’est cela que l’éducation doit désormais apprendre, et elle ne sait pas encore comment s’y prendre. Elle tente de combattre l’IA par la détection, les interdictions, les devoirs conçus pour résister à l’IA. C’est traiter les symptômes. La véritable tâche consiste à inverser la logique : réapprendre à un enfant sa couche inférieure. Lui apprendre le repos, l’ennui, la présence corporelle, les vraies conversations, la vraie nature, le vrai travail artisanal. Des choses que l’IA ne peut pas faire, parce qu’elle n’a pas de corps.

Le sentiment primal dans le monde professionnel

Klassiek olieverf-schilderij in warme sepia-tinten: een spreekkamer met dokter aan een mahoniehouten bureau, olielamp, apothekersflessen, een jonge patiënt in schaduw. De dokter schrijft op een recept.
Lorsqu’un système nettoie ses propres erreurs de production avec son propre circuit de consommation : le problème est renvoyé à l’individu, sous la forme d’un trouble.

Ce que l’on voit ensuite sur le lieu de travail, c’est l’addition. Un jeune en contrat temporaire entend que « la porte du patron est toujours ouverte », mais il est biologiquement incapable de la franchir, parce que sa couche inférieure signale correctement : contrat non renouvelé = pas d’argent = pas de logement.

72 % des salariés voient venir leur arrêt de travail. 11 % des managers le perçoivent. Cet écart n’est pas un déficit de communication. C’est une asymétrie de pouvoir qui interdit économiquement à la couche inférieure de s’exprimer.

Et lorsque cette couche inférieure finit malgré tout par prendre le dessus — palpitations, panique, deux ans à la maison — la réponse du système est : « allez voir le médecin ». Médicalisation. Diagnostic. Allocation. Le problème est renvoyé à l’individu, sous la forme d’un trouble, puis traité par une thérapie individuelle et des médicaments. L’éducation, l’enseignement, le contrat, la comparaison sur Instagram, la structure d’accueil restent intacts.

Économie de la réparation

Ce n’est pas une conspiration. C’est un système qui nettoie ses propres erreurs de production avec son propre circuit de consommation. Dans le jargon économique : c’est une économie de la réparation. Les coûts de la WIA, les dépenses de santé, le chiffre d’affaires des services de santé au travail, les primes d’assurance apparaissent tous bien sagement dans le PIB.

Le PIB augmente. Le noyau productif — les jeunes, les personnes en bonne santé et les actifs — se contracte. Le panier de courses grossit tandis que la machine productive tombe en panne.

Pourquoi nous ne le voyons pas

Nous ne le voyons pas, parce que notre regard est équipé d’une autre grille de lecture. Une grille qui dit : il faut garder son enfant à la maison quand il est petit, ou le confier à de petits groupes avec des personnes référentes. Une grille qui dit : il faut moins travailler, moins consommer, moins performer, moins faire défiler les écrans. Une grille qui dit : l’image parfaite est la maladie, pas la norme. Une grille qui dit : un contrat temporaire n’est pas une forme d’emploi, mais une muselière biologique.

Cette grille de lecture est impossible à déconstruire dans notre vie quotidienne. Nous avons le crédit immobilier, le travail, l’agenda, l’école, la garde. Nous ne pouvons pas nous arrêter comme ça. Alors nous continuons. Et parce que continuer est incompatible avec le fait de voir, nous cessons de voir. Non par méchanceté. Par nécessité.

Ensuite, nous combattons les symptômes issus de cette cécité. Davantage de prévention sur le lieu de travail. De meilleures formations RH. Des campagnes contre la stigmatisation. Plus de psychologues. De meilleures applications. Des listes d’attente plus courtes. Tout cela est utile. Tout cela intervient du mauvais côté.

Ce que l’on entend en arrière-plan

Chaque euro consacré à la prévention, au service de santé au travail, aux médicaments et aux thérapies est prélevé sur une économie qui ne peut pas se permettre de dépenser cet euro une seconde fois. Et chaque jeune qui reste deux ans à la maison est un jeune qui ne produit plus cet euro.

Deux mouvements qui se heurtent : le chiffre du PIB augmente grâce aux réparations, la capacité réelle de production diminue à cause des dégâts. Tôt ou tard, les deux se rejoignent. Le plus souvent, dans un choc.

Où se trouve l’erreur, et où se trouve le chemin

Klassiek olieverf-portret: een moeder in eenvoudige kleding staat bij een fornuis in een warme keuken, roert in een pan; een klein kind kijkt naar haar op en zegt iets. Warm licht valt door een raam.
« Maman, j’ai faim. » La première phrase dans laquelle les trois niveaux opèrent ensemble. La réponse doit atteindre les trois niveaux — dans le bon ordre. Chaque jour. Pendant des années.

L’erreur ne vient ni des parents, ni des enseignants, ni des managers, ni des jeunes eux-mêmes. L’erreur réside dans le fait que nous avons bâti une société où le niveau le plus profond de l’être humain n’a plus d’adresse légitime. Ni à la maison, ni à l’école, ni au travail, ni sur les réseaux sociaux, ni dans le cabinet de consultation.

Le chemin commence là où l’erreur commence : à la toute première phrase. « Maman, j’ai faim » doit recevoir une réponse qui prenne en compte les trois niveaux. De la nourriture (le niveau inférieur). Un bras (le niveau intermédiaire). Un mot (le niveau supérieur). Dans cet ordre. Chaque jour. Pendant des années.

Il faut pour cela qu’une société permette aux parents d’entendre cette phrase et d’y répondre. Cela signifie :

C’est une autre grille de lecture. Elle est coûteuse à court terme et économique à long terme. Elle est politiquement inconfortable et biologiquement nécessaire. C’est précisément ce que nous ne faisons pas, parce que nous ne voulons pas le voir.

Où il y a une volonté, il y a un chemin. Cette volonté n’existe pas encore. La mission de cette génération est de la faire naître — non pas en travaillant plus durement à combattre les symptômes, mais en osant regarder ce que nous infligeons à nos enfants au moment où ils disent pour la première fois : « Maman, j’ai faim. » Et en faisant ensuite ce qui est nécessaire pour pouvoir leur donner cette réponse.

De la nourriture. Un bras. Un mot. Dans cet ordre.

Pour aller plus loin — Editie 3

Source

Jildou Beiboer, Alwine de Jong, Lien van der Leij, « Angoissés, épuisés et dépressifs : pourquoi toujours plus de jeunes restent-ils malades à la maison ? », Het Financieele Dagblad, août 2026.

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